Claire Giordano

 

Démarche artistique

Mon travail est une recherche plastique à partir des objets qui m'entourent. Mon quotidien est le point de départ de mes propositions et le champ d'application de mes expérimentations.

J'ai construit les fondations de ma démarche artistique durant mes cinq années de formation en école d’art. Au tout début des années 2000, j’ai développé un travail de sculpture avec de banals sacs plastiques. On les trouvait à profusion à cette période. Je voulais en explorer les potentialités en tant que matière première et, pour révéler leurs richesses, je les assemblais pour fabriquer des sculptures gonflables, parfois monumentales.

Je m'inspirais ainsi du mouvement perpétuel de la société de consommation qui produit, consomme, jette et recycle les objets. Comme Anthony Caro initiateur de ce procédé qui consiste à récupérer pour recomposer mais aussi Tony Cragg et de nombreux artistes de la Nouvelle Sculpture Anglaise.

Ces réalisations à l'économie de moyen me permettaient de fabriquer des volumes immenses, avec un simple rouleau de scotch et quelques sacs récupérés. Cette approche ludique et cette posture ont continué à nourrir mon cheminement et aussi, plus tard, ma pédagogie.


Puis, j’ai eu envie de renverser la proposition : j'ai réalisé un sac plastique en porcelaine pour montrer à quel point cet objet m’était « cher ». J'ai alors retrouvé avec plaisir la pratique de la terre avec laquelle j’entretiens un lien particulier, depuis toute petite, dans l’atelier de ma mère.  
Après plusieurs essais de fabrication de « pochons » en porcelaine, j’ai présenté l’installation « Déjeuner sur l’herbe » point de départ d'une série d’objets en porcelaine - un rouleau d'essuie-tout, des assiettes jetables, des gobelets, une paire de tongs, une passoire - présentés en extérieur, sur une pelouse, dans un jardin.
Ce matériau, me permet d’introduire préciosité et poésie dans des objets usuels. Je mets en place mon propre vocabulaire poétique.
 
Les objets populaires auxquels je me réfère me permettent de rendre mon travail accessible à tous les publics. Je souhaite m'adresser à tout le monde, philosophiquement parlant - même si  la sociologie dit le contraire - car l'idée inverse me dérange.
 
Dans ma pratique, j'ai souvent recours à l'installation parce qu'elle a ce pouvoir d'immersion. Elle ne sollicite pas seulement le regard, elle enveloppe le spectateur dans un espace et lui propose une expérience sensitive nouvelle.

 


 

         




 
 
En 2013 je réalise "La couleur du poulpe" pour une exposition personnelle. Pensée comme un poème, cette installation in situ célèbre l’oisiveté, la sieste, le rêve. Elle est une invitation à plonger dans un univers inventé composé de saynètes en porcelaine et bois.

Ce dispositif de présentation m'intéresse car il est proche à la fois de la sculpture et de l'architecture. Il tisse des liens étroits entre l'œuvre, le lieu et le spectateur. Il me fascine par l'interaction qu'il génère, l'œuvre peut autant modifier la perception qu'on a de l'espace dans lequel elle s'inscrit que l'espace lui même peut être lu différemment par la seule présence de l'œuvre.

Lorsque j'élabore un projet comme celui réalisé avec les élèves de 3ème option Architecture dans le cadre du dispositif "Un artiste au collège", je veux mettre en lumière ces notions d'Installation et de In situ. Aiguiser le regard, apprendre à lire une architecture, être attentif à la perception qu'on en a et à ce qu’elle induit comme déplacements dans l’espace. J'insiste sur cette idée qu'il faut expérimenter soi-même physiquement l'espace afin d'élaborer sa propre vision du lieu anticipant ainsi sur la lecture que le spectateur pourra en faire à son tour.
 
Les objets de consommation souvent jetables que je reproduits sont dépossédés de leur peau originelle par le procédé de fabrication en porcelaine.
 
L'emploi récurrent de la couleur blanche dans mes travaux me permet à la fois de mettre en valeur le volume et de me réapproprier ces choses qui peuplent notre quotidien et sont comme un arrêt sur image qui sublime l’ordinaire.
 
J'utilise des matériaux bruts et des images communes. Cette imagerie trouve son origine à la fois dans la culture et les mythes, mais également dans la perception plus immédiate de mes ressentis et dans mon environnement direct.
Formellement blancs, fragiles et précieux, dépourvus de leur esthétique industrielle et de leur bienveillance recyclable, ces objets prennent vie par les imperfections qui les constituent. Ainsi, dans ce monde réinventé, kleenex, essuie-tout et autres assiettes en carton prennent une dimension poétique et acquièrent une forme de pérennité.
 
Au cœur de mon processus le blanc est devenu le vecteur symbolique de mes scènes poétiques.
Comme dans ma pratique du dessin, je m'efforce de repositionner l'homme dans son environnement planétaire. Je veux réveiller l'utopie, redonner de la valeur au rêve. Je dessine les contours d'un monde onirique en m'appuyant sur le rapport intemporel de l'homme et de la mer, de l'homme et de l'exploration spatiale.
 
Nous sommes aux portes d'un espace infini, aux frontières d'un espace nouveau qui s'offre à nous comme à l'humanité toute entière et comme le dit Philippe Taillez
"La mer est le dernier endroit libre sur terre, et encore à condition que l'on aille au delà de 200 milles nautiques des côtes."

 

 

     
 
 



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