Claire Giordano

Démarche artistique 



Durant mes cinq années de formation en école d’art, j’ai développé un travail de sculpture avec, pour matériau de prédilection, de banals sacs plastiques que l’on trouvait à profusion à cette période-là. J'aimais beaucoup l'idée d'en explorer les potentialités en tant que matière première et, pour révéler leurs richesses, je les assemblais pour fabriquer des sculptures gonflables, parfois monumentales. Ils prenaient alors une autre dimension, une nouvelle valeur.

Puis, j’ai eu envie de renverser la proposition : j'ai réalisé un sac plastique en porcelaine, peut-être pour montrer à quel point cet objet m’était « cher ».


C’est à cette occasion que j'ai retrouvé avec plaisir la pratique de la terre avec laquelle j’entretiens un lien particulier, depuis toute petite, dans l’atelier de ma mère.

Après plusieurs essais de fabrication de « pochons » en porcelaine, j’ai été invitée à participer à une exposition dans un jardin classé. L’installation « Déjeuner sur l’herbe » a été pour moi l’occasion de réaliser une série d’objets en porcelaine que j’ai ensuite installés sur le gazon (un rouleau d'essuie-tout, des assiettes en carton, une paire de tongs, une passoire). Grâce à ce matériau, j’introduisais un peu de préciosité dans ces objets usuels et un vocabulaire poétique se mettait en place.

 

         






 
Lors de la deuxième édition de cette exposition, j’ai constitué, toujours en porcelaine, un « Kit de plongée » composé d’un masque, d’un tuba et d’une paire de palmes que j’ai posé près du bassin. Puis, au bout de tiges en métal qui dessinaient leurs trajectoires aériennes, les Saint-Pierre (ces délicieux poissons) en céramique jaillissaient de l’eau, révélant la scène en lui donnant sa dimension onirique.

 C’est à la suite d’une exposition collective de sculptures de moins de 20 cm que mes recherches se sont concentrées sur l’élaboration de petites scènes à caractère poétique. J’en ai d’abord réalisées deux qui étaient comme le début d’une histoire, le commencement d’une série : « Choubelle dans le labyrinthe perdu » et « Délice d’été dans un jardin immoral ».  

Puis j’ai poursuivi mes recherches en gardant les saynètes comme fil conducteur. En effet, elles me permettent d’approfondir la question du rapport à l’échelle (proportion des objets entre eux ; relation objet/spectateur) et d’élargir la portée poétique qui peut s’en dégager en jouant sur la nature de l’objet, sa dimension et sa mise en scène.

Elles ouvrent ainsi une porte sur un univers autre. Un univers singulier qui utilise des images communes. Cette imagerie trouve son origine à la fois dans la culture et les mythes, mais également dans la perception plus inconsciente de mes ressentis et dans mon environnement direct.